MES COMPOSITIONS

EMOIS CREPUSCULAIRES

Ma plume est à la traîne, 
J’ai du mal à écrire, 
Ma muse joue la bohème,
 Je n’ peux la retenir; 
Le marchand de sable passe
 Sur ma verve endormie, 
Et les rimes délaissent,
 Mes vers en léthargie. 

 

Je découvre l’automne
Après un long été,
Mes feuilles m’abandonnent,
Mon printemps est fané;
Là-bas l’hiver me toise,
Et m’appelle à grands cris,
Je vais payer l’ardoise
Des saisons de ma vie.

La lassitude me guette,
Mon crépuscule déjà,
Me déploie ses fenêtres,
J’y arrive à grands pas;
Et ma raison vacille
Dès le soleil couchant,
Se voilent mes pupilles,
Me reste-t-il le temps?

Le temps de voir renaître
De tous mes feux éteints,
La chanson du poète,
Qui me délivre enfin
De l’apathie profonde
Que le poids des ans induit,
Que sa verve féconde
Exalte mon esprit.

Voici mes retrouvailles
Avec mon vécu,
Je vide mes entrailles
A me mettre à nu;
Mes souvenirs s’égrennent,
Perles de chapelet,
Ma mémoire se déchaîne,
Miroir de mon passé.

Survivre ou disparaître,
Tel est le dilemne,
Ah! le cruel casse-tête,
Que la réponse vienne;
Ne pas finir en rade
Dans des eaux troublées,
Inventer la parade,
ET puis s’émanciper.

Je sens une joie nouvelle
S’installer dans mon coeur,
Me réchauffer les ailes,
Triompher de ma peur;
Comme l’oiseau frivole
Qui découvre la vie,
Je m’élève et m’envole
Jusqu’à mon infini.
Jusqu’à mon infini.

DROIT DANS MES GODASSES

Une nuit de l’année
Mille neuf cent quarante huit
Mes parents ont une idée:
« Pourquoi pas une fille. »
Même s’ils se sont plantés,
L’affaire a dû leur plaire,
Huit mois plus tard j’tétais
Déjà le sein de ma mère.
 
Très tôt ils s’occupèrent
De mon éducation,
« Te roule pas dans la terre
Et mange pas comme un cochon. »
J’ai apprécié c’est sûr,
En découvrant le monde,
Le cuir chaud des ceintures,
Les baffes à la ronde.
 
« FAIS DODO COLAS MON P’TIT FRERE,
FAIS DODO MON PETIT CRAPAUD. »
 
Et puis vint le moment
Où j’ai appris à lire,
En beaucoup plus de temps
Qu’il ne faut pour le dire;
Comme je n’étais pas
Pour les Mathématiques,
J’ai eu droit au piquet,
Au bonnet des bourriques.
 
Les soirs de punition,
Quand j’apprenais par coeur
Les tables d’addition,
Ben j’rêvais des rondeurs
De ma maîtresse d’école,
Bien roulée la tigresse,
J’lui massais les guiboles
En lui pinçant les fesses.
 
« AÏE, AÏE, AÏE, OUILLE
AÏE, AÏE, AÏE, OUILLE »
 
Les années qui suivirent,
J’en bavais en permanence,
Quand fallait se farcir
Les Langues et les Sciences.
De collège en lycée
Je traînais la besace,
Sans trop savoir en fait
Que faire de ma carcasse.
 
Et je batifolais
Le coeur toujours en fête,
Mon chant de liberté
Un jour fut stoppé net,
Quand mes pas ont croisé
Les grands pas d’une belle,
Qui très vite m’a entraîné
Devant son paternel.
 
« VOUS PERMETTEZ MONSIEUR
QUE J’EMPRUNTE VOTRE FILLE
NOUS PROMETTONS D’ÊTRE SAGES
COMME VOUS L’ETIEZ A NOTRE ÂGE
JUSTE AVANT LE MARIAGE. »
 
Puis pour palper du fric,
Le choix fut redoutable
Etre curé ou flic
Faire l’prof ou le comptable.
Après mûre réflexion,
En dépit du bon sens,
Mais avec conviction
J’enseignais les puissances
 
Trente années de boulot,
Bien droit dans mes godasses,
Lors j’ai tiré le rideau
Et j’ai laissé la place.
Au coeur de ma campagne,
Repos bien mérité,
Je chante « LA MONTAGNE »,
Pour mon poulailler. *
 
« POURTANT, QUE LA MONTAGNE EST BELLE,
COMMENT PEUT-ON S’IMAGINER
EN VOYANT UN VOL D’HIRONDELLES,
QUE L’AUTOMNE VIENT D’ ARRIVER?
« 

EXTRAITS

1- Chanson traditionelle française

2- les cactus ( Jacques DUTRONC )

3- vous permettez monsieur ( Salvatore ADAMO )

4- la montagne ( Jean FERRAT )

* référence à la chanson  » comme au poker » de Patrick ABRIAL

MARGUERITE

MARGUERITE
Elle voit le jour au mois d’Avril 1915, est la deuxième d’une lignée de quatre filles que le destin va prématurément séparer après la mort de leurs parents qui survient alors qu’elles sont encore toutes petites. A huit ans elle est donc confiée à un oncle qui l’élève dans des conditions pas toujours faciles. A dix neuf ans, elle rencontre celui qui va devenir son compagnon pour la vie. Ils auront pas moins de neuf enfants qu’ils entoureront du même amour. Le chef de famille s’en ira en Février 1987. Elle surmontera toutes les difficultés et s’en tirera fort bien. L’âge et la maladie feront leur oeuvre. Et en ce 21 du mois d’Août 2007, elle ne verra pas le soleil se coucher. Tout doucement, discrète et digne à l’image de toute sa vie, elle s’en est allée, le visage éclairé par ce sourire qui quittait rarement ses lèvres, retrouver ceux dont elle était séparée depuis trop longtemps, et avec lesquels elle n’a cessé de prier jusqu’à son dernier jour. Elle avait nom…      

Nous étions huit à élever, ce ne fut pas une mince affaire,

Chaque jour se brisant à la tache,c’était sa croix jusqu’au calvaire,

Jamais plaintive cependant, seulement soucieuse quelques fois,

Sans cesse dévouée, attentionnée, elle a longtemps guidé nos pas  

 

Les années s’écoulèrent, réglées au rythme des labeurs,

Les courses, le ménage, le repas qui se tenait toujours à l’heure,

Mais même si la bonne chair était rarement au rendez-vous,

Nous avions le pain de ses baisers quand nous grimpions sur ses genoux.             

 

Lorsqu’une méchante fièvre, pour quelques temps nous clouait au lit          

Elle savait nous réconforter, et de sa main amie,          

Nous caressait le front, tendrement, en nous faisant apprendre          

Les belles chansons d’autrefois que nous aimions entendre .  

 

Son coeur était la fleur d’amour aux pétales que l’on partage,

« J’aime beaucoup, passionnément, à la folie », et d’avantage,

Comme la Sainte qu’à l’église nous invoquions dans nos prières,

Elle avait nom Marguerite et elle était notre mère.  

 

Et lorsque le ciel l’appela, en ce jour d’Août ensoleillé,

Pour son voyage dans la lumière les anges l’ont accompagnée

Vers l’être cher qui fût notre père, et de sa vie, le compagnon,

Lequel l’avait précédé, je crois d’un peu plus de vingt ans.          

 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »          

Ce vers de Lamartine me cingle, tel le fouet;          

En traduisant l’absence il me rassure pourtant:          

De là-haut, à tout instant, ma mère veille sur ses enfants.  

 

Si le ciel m’ouvre ses portes quand j’aurai fini mon parcours,

Riche de ma vie, je m’envolerai avec les anges d’amour,

Et je sais bien qu’elle sera là à m’attendre bras ouverts

Pour bercer mon âme encore de ses doux chants, de ses prières.  

 

Elle avait nom Marguerite et elle était ma mère.  

 

DANS L’OMBRE DU SOUVENIR

Ils s’appelaient Marie-Thérèse, Elianne, Bernard et André. Ils avaient treize ou quatorze ans, respiraient la joie de vivre et portaient dans le coeur les espoirs d’une jeunesse sans cesse bousculée mais confiante en son avenir. L’Ecole était le catalyseur de leurs rêves et leurs aspirations. Et puis…en ce 10 Mars 1973, des espérances brisées dans la tourmente d’un cyclone dont le nom n’inspirait pourtant pas la méfiance: Lydie déversa sur l’ile ses tonnes de pluies qui gonflèrent les rivières, comme pour défier la nature . 

     Aux alentours de 14 heures ce samedi là, de la vingtaine d’enfants partis du Collège pour regagner leur domicile, quatre ne l’atteindront pas. Happés par le déluge, ils resteront à jamais scellés à ce pont sur la Ravine des Prunes qui aura écrit l’une des pages les plus douloureuses de l’Histoire de Cilaos.

      Restent le souvenir, des visages rayonnants, un pont sur lequel des visiteurs s’arrêtent parfois et, par-dessus tout, les pleurs d’une mère que la détresse replie sur elle-même.

 Le texte que voici a été écrit en 1977, à la mémoire de quatre de mes élèves injustement et prématurément arrachés à la vie. Ils s’appelaient…..

Dans l’ombre du souvenir,

Une mère pleure

Un enfant déchiqueté

Noyé dans sa peur.

 

Vingt peut-être à prendre la route

Pour rejoindre la maison,

Sans jamais le moindre doute

Qu’ils allaient y laisser des noms;

Sur le torrent d’écume riche,

Vont tenter de passer le pont;

Mais la chaîne, quand elle triche,

Peut libérer quatre maillons.

 

Entre les crocs du torrent,

Près du champ au nectar de fraise,

Sous l’orage de ses treize

Est tombée Marie Thérèse;

La nuit eut ce funeste appât

Auquel l’enfant se laissa prendre;

Et dans les folies du fracas,

L’âme au ciel s’en alla rendre.

 

Dans l’ombre du souvenir,

Une mère pleure

Un enfant déchiqueté

Noyé dans sa peur.

 

Puis le sort par caprice malsain

Choisit Bernard et puis André;

La tempête , pour apaiser sa faim,

L’un et l’autre va entraîner;

Ultimes souffles et cris déments

Sont étouffés dans le fleuve en rage,

L’écume blanche devient sang

Pour une noce, l’horrible carnage.

 

Dans la suite du cortège

Elianne rejoint ses compagnons;

Ainsi se referme le piège

Sur la fillette en perdition;

Pour la gloire du tragique pont,

Quatre noms gravés dans la pierre;

Enfants martyrs cherchez dans les vent

Un peu d’amour, une prière.

 

Dans l’ombre du souvenir,

Une mère pleure

Un enfant déchiqueté

Noyé dans sa peur.

 

Cette chanson a été diffusée à la télévision lors de l’émission « Le Petit Café », en 1978.

 

PETREL

   Composée en 1995, rythme de séga et créole Réunionnais – celui que parlaient nos grand-pères et auquel nous tenons – cette chanson a été écrite pour l’Ecole de Mare-Sèche (CILAOS  ILE DE LA REUNION), dans le cadre d’une campagne de protection du Pétrel de Barau, espèce endémique menacée.

     De nombreuses actions de sensibilisation aux problèmes de la sauvegarde de cet oiseau sont menées par cette école depuis plus de quinze ans. Parents, élèves, enseignants, animateurs de quartiers,la population dans son ensemble est conviée à bousculer des habitudes ancrées depuis trop longtemps, frisant parfois le dédain pour cet animal, et à tout mettre en oeuvre pour sauver les quelques dizaines de spécimens restant, avant qu’il ne soit trop tard.    

     Laurie, qui a participé à la composition, était au CM2. Elle a eu l’idée du texte; les mots sont venus de son petit coeur d’enfant. Puissent-ils atteindre le nôtre adulte et amener la réflexion dans notre esprit.  

     Le texte initial racontait l’histoire d’un pétrel qui a connu bien des malheurs, et qui n’a pu être sauvé. Cela ne correspondait pas à la vision du jeune enfant dans sa démarche pour donner la vie. Son cheminement est de permettre à l’oiseau de survivre. Une fin plus heureuse a donc été imaginée par les élèves. Ils ont réécrit le troisième couplet

 

1ère version:

N’a un zoiseau té y voit pas clair,

L’était attiré par la lumière;

Et quand sa tête la cogn’ dans l’ poteau,

Li l’est tombé dessus l’ carreau;

Li l’a voulu reéssaye voler

Mes ses ptites z’ailes l’a reste fermées

Alors la peur la gagne à lu

Comme un pitié li l’a attendu

 

PETREL, PETREL,

Le ciel l’est bien trop haut

PETREL, PETREL,

Là-haut n’a d’autres zoizeaux

PETREL, PETREL,

Soleil l’est bien trop chaud

Pou in’ tit pétrel de Barau

 

Un band’ tit marmailles l’a ramasse à lu

Zot l’a voulu essaye sauv’ à lu

L’a mett’ in bague dessus son pied

Po donne à lu in identité

Et po rend’ à lu sa liberté

Zot l’a largué po faire voler

P’tit zoizeau té veut reste en l’air

Hélas li l’a tomb’ dans la mer.

 

PETREL, PETREL,

Z’ordui toué lé bien là-haut

PETREL, PETREL,

Z’ordui toué lé bien au chaud

PETREL, PETREL,

Le ciel c’est un berceau

Pou in’ tit pétrel de Barau

 

Mais dans la mer nana requins,

ça y pass’ pas par quatr’ chemins,

Pauvr’ tit pétrel n’a in’ l’a trappé

Et d’in coup d’langue li l’a avalé;

In seul’ plumme l’a rest’ su la mer

Qui ressemblait à in tit coeur

L’âme zoizeau l’a gagn’ monter

Et son histoire l’a raconté

 

PETREL, PETREL,

Z’ordui toué lé bien là-haut

PETREL, PETREL,

Z’ordui toué lé bien au chaud

PETREL, PETREL,

Le ciel c’est un berceau

Pou in’ tit pétrel de Barau

 

JE SUIS

Je suis roseau de la fable,

Sous la bourrasque je plie;

Du chêne indéracinable,

La SAGESSE, j’ai appris.

 

Je suis la mère qui gémit

Et se roule par terre,

Comme pour pousser son petit

A sortir de sa chair;

Je suis nu comme l’enfant,

Qui du haut de son lit,

Attend impassiblement

Que le monde lui sourit.

Attend impassiblement

Que le monde lui sourit.

 

Je suis l’adolescent,

L’ange dans la culbute,

Mais qui se donne aux démons,

Pour devenir adulte;

Je suis l’adulte sage

Qui cultive le rêve

S’agrippe à un mirage

Puis s’écrase sur la grève

S’agrippe à un mirage

Puis s’écrase sur la grève

 

Je suis ce vaste océan

Sur lequel rien ne luit,

Celui qui porte aux grands vents

Les plaintes de l’ennui;

Je suis la goelette,

Cible des ouragans;

Mais un jour la tempête

Aura brisé mon élan.

Mais un jour la tempête

Aura brisé mon élan.

 

Je suis roseau de la fable,

Sous la bourrasque je plie;

Du chêne indéracinable,

La SAGESSE, j’ai appris.

 

MES AMIS



J’ai voulu explorer le miroir de ma vie,
J’ai voulu me revoir en reflet;
Mes pas m’ont ramené à mes vertes années,
Ma mémoire a dissipé l’oubli.

 

J’ai l’esprit suspendu à des rêves jolis
Et les yeux de tendresse embués,
Pour des sourires radieux, des regards échangés,
Mes amis, bienvenus mes amis.

 

 
Dans un ciel bleu azur, pour mon coeur troubadour,
Tant de joies partagées en chansons.
De mille visages clairs, de cheveux noirs ou blonds,
Ma guitare me dessine les contours.

 

 
Je feuillette l’album de mes photos vieillies
De ces bals où je chantais l’amour
Le décor inchangé de ces instants trop courts
Ressurgit du fond de ma nuit

 

 
Dans un ciel bleu azur, pour mon coeur troubadour,
Mes souvenirs me reviennent en chansons;
Des histoires racontées, des grands rires éclatants
Ma guitare me dessine les contours.

 

 
Je retrouve aujourd’hui le miroir de ma vie,
Le reflet de mon âme apaisée,
Les sourires ravivés, les regards échangés,
Mes amis, bienvenus mes amis

DE L’AUTRE CÔTE DE LA FRONTIERE

LA TERRE A TOURNE SANS NOUS

Texte et musique: Roland FOLIO

La terre elle a tourné sans nous, 
Bien trop de larmes ont laissé 
Des yeux meurtris sur un vieux quai,
Un très beau rêve mais un peu fou. 
Sur la grand route des pas perdus, 
De coups de coeur en coups de sang, 
Me laissant porter par les vents, 
Je m’en allais à perte de vue.

 

 
 Parfois la nuit sous les étoiles, 
Me dessinait une oasis,
 J’ m’y abreuvais, c’était mon vice 
En m’égarant dans son dédale.
 Et puis je me laissais tomber 
Vide et usé dans un lit froid,
 Pour reposer mon corps si las, 
Juste un instant je m’oubliais. 


 
Je m’inventais un amour sage 
Sans un nuage à ses atours
 Fleuve paisible suivait son cours, 
Accostant ma barque à son rivage.
 Quand mes angoisses me faisaient mal,
 Je m’effondrais , rongeant mon frein, 
Les sédatifs n’y pouvaient rien, 
Bien que j’en prenais à la pelle. 

 

 
Parfois la nuit sous les étoiles, 
Me dessinait une oasis, 
J’ m’y abreuvais, c’était mon vice 
En m’égarant dans son dédale.
 Et puis je me laissais tomber 
Vide et usé dans un lit froid,
 Pour reposer mon corps si las,
 Juste un instant je m’oubliais. 


 
Les habitudes ont la vie dure, 
Les miennes m’ont aidé surtout
 En fin de compte à rester debout,
 Même à côté de mes chaussures. 
Et s’il m’arrive de revoir encore, 
Au coeur d’un songe notre amourette, 
Un prénom collé dans ma tête
 Ravive une plaie dans mon corps. 

 

 
La terre elle a tourné sans nous,
 Un très beau rêve mais un peu fou.

BALADIN MON AMI



Baladin mon ami, viens écouter l’histoire 
D’un rêve inabouti qui me fendit le coeur,
 Entendre sous mes doigts larmoyer ma guitare 
Sur les cendres brûlantes de ce qui ne fût qu’un leurre. 

J’étais bien jeune encore et j’cultivais l’insoucience.
 Comme toi je marchais sans boussole et sans loi, 
Sur la route des vents, mais un jour l’imprudence, 
D’une belle aux yeux clairs me fit suivre les pas.

 J’voulais plus bourlinguer mais rester à ses côtés, 
Contempler dans ses yeux la magie du ciel bleu,
 Dessiner les saisons sur sa peau satinée, 
M’endormir dans ses bras comme un enfant heureux.
 Et jusqu’au firmament partager chemin, 
Accrocher à ses lèvres la rose des buissons 
Recueillir pour sa soif l’eau fraîche du ravin, 
M’ennivrer de bonheur jusqu’à perdre la raison 

Mais sans se retourner, elle dédaigna ma main, 
Me laissant desoeuvré, ridicule pantin 

Errant sur les pavés, je dissimulais ma peine 
Sous des sourires de façade, dans des plaisirs futiles, 
Des plaisirs carton-pâte fabriqués pour la scène, 
D’une comédie sans âme, sans lumière, imbécile. 

Baladin qui a lu dans ma voix le chagrin, 
Ne lui dis pas les angoisses qui peuplent mes nuits; 
Donne-lui cette croix taillée pour elle de mes mains, 
Qu’elle la protège jusqu’au dernier jour de sa vie. 

Donne-lui cette croix taillée pour elle de mes mains, 
Qu’elle la protège jusqu’au dernier jour de sa vie.

COEUR EN FRICHES


Un soleil pâle aux fibres timides
Ecartelé par un ciel trop lourd,
Ce vent de glace, le corps me laboure
Notre berceau s’est couvert de rides.
Ces longues années loin du village,
Ont pesé lourd, je suis revenu;
Mes yeux ne voient plus ce qu’ils ont vu,
Le temps je crois a égaré ses pages.
 
Jaune rouille les feuilles sèches,
Ont teinté mes souvenirs;
J’ai les sens qui chavirent
Aux émois d’un coeur en friche.
 
Il agonise notre jardin,
L’herbe drue a grimpé bien haut,
Il y en a beaucoup plus qu’il n’en faut
Aux bêtes affamées des voisins.
Les pas ont déserté le sentier,
La vieille vigne a rejoint la terre;
Les fruits exquis ne feront plus l’affaire
Du cep dépouillé de sa fierté.
 
La pierre s’effrite sous mes doigts,
La table chêne a épousé l’ennui,
Où sont-ils donc, tous ces amis
Qui l’ont partagée bien des fois.
Ne passe plus une hirondelle,
Je sens s’assombrir ma raison;
Dieu qu’elle est triste notre maison,
Peut-être aussi qu’elle se rappelle.

Jaune rouille les feuilles sèches,
Ont teinté mes souvenirs;
J’ai les sens qui chavirent
Aux émois d’un coeur en friche.
Jaune rouille les feuilles sèches,
Ont teinté mes souvenirs;
Et je voudrais tant retenir
Ces émois dont mon coeur accouche.
 
(diffusée sur TV Réunion en 1978 à l’émission  » le petit café)é »)

JE TE DIRAI



Je te dirai l’oiseau qui chante,
Et lorsqu’il est tombé du nid,
Cherche une main, invente
Un autre port, un autre lit.
Je te dirai l’enfant qui naît,
Et pousse dans l’ombre des grands,
Découvre un peu de vérité
Au détour du moindre tourment.
 
Je te dirai mais souris-moi,
De tout apprendre tu as le temps;
Je te dirai, abrite-toi,
Il vente aussi pour les enfants.
 
Je te dirai la table mise,
La bonne chair à volonté,
Ceux qui ne sont pas du service,
Guettant les restes gaspillés;
Je te dirai ces hommes étranges
Qui jouent sur la vie et la mort,
Qu’aucun verdict ne dérange,
Et gagnent puisqu’ils sont les plus forts.
 
Je te dirai la nuit qui tombe
A l’instant même ou l’on s’éveille,
Ceux-là qui courrent sous les bombes
Et ne verront plus le soleil;
Je te dirai la terre fouillée
Par une pluie d’obus sanglants,
Que ses fils même n’ont épargnée,
Vibrante image du pardon.
 
Je te dirai même ce serment
Qui n’aura vu qu’un jour de gloire
Et dont tu es le fruit vivant
On ne choisit pas son histoire.
Je te dirai l’homme qui penche,
Ses plaintes où la sueur encore
Cultive un cri de délivrance,
Mais lutte encore devant la mort.
 
Je te le dis écoute bien,
De tout apprendre il vient le temps;
Je te le dis écoute bien,
Il vente pour toi maintenant.


(diffusée sur TV Réunion en 1978 à l’émission  » le petit café »)

A L’HORIZON TELLE UNE PLAINTE



Fleur de lys elle avait nom, 
La lavande elle sentait bon, 
Moi le cèdre; 
Le sourire encore cintré
 Par une moue d’enfant gatée 
Sur ses lèvres. 

 

C’est au village qu’elle venait 
Chercher la fraîcheur de l’été 
Des vacances 
Chaque fois je l’attendais 
Et chaque fois mon coeur brûlait
 D’impatience 
Chétive flamme que j’ai vu poindre 
A l’ horizon telle une plainte; 
Ai-je tenté de la rejoindre? Je l’ai soufflée… elle s’est éteinte. 
Ce jour où je l’ai approchée 
J’ai bien cru pouvoir l’enlever 
De sa cage; 
Un peu surprise elle m’a souri,
 Mes faiblesses je lui offris 
Sans nuage.
 
Ce jour où je lui pris la main, 
Pour l’enmener hors des chemins 
De l’ enfance; 
Fille trop sage ou fille rebelle
 Resta sur sa tour de Babel 
De méfiance 
 
Chétive flamme que j’ai vu poindre 
A l’ horizon telle une plainte; 
Ai-je tenté de la rejoindre? 
Je l’ai soufflée… elle s’est éteinte. 
 
Souvenirs vivants je tiens en laisse, 
Bien souvent ma mémoire caresse 
Les regrets; 
Et je garde au fond de l’ âme 
Un nom, un parfum, la flamme
 D’ un été.

ECHANGES

 

Tu me donnes l’éclat soleil de tes yeux 
Pour couvrir mon visage de lumière; 
Je te donne le plus beau ciel bleu 
Pour parer ton coeur de prières; 
Je te donne la fleur du clair matin 
Pour habiller ton sourire printemps; 
Pour que vive le songe des amants, 
Tu m’apportes la nuit dans tes mains.
 Tu me feras de tes bras la chaîne
 Pour m’endormir sur tes rivages chair; 
J’attiserai le feu de mon haleine 
Pour t’éveiller les durs matins d’hiver; 
Nous nourrirons les flammes du désir, 
Les porterons plus haut que leur brasier; 
Que nos ébats distillent nos délires, 
Brûlant de fièvre et d’ardeur consumée. 
J’ t’apprendrai le géant en moi qui dort 
Et sa force que la passion déchaîne, 
Un même sang nous gonflera les veines, 
Déversant son flot d’ivresse dans nos corps.
 Dans un grand champ d’amour déraison, 
Je sèmerai la graine de la vie, 
Tu seras gerbe, tu porteras les fruits, 
Comme cadeaux à l’heure de la moisson.

LES SPLENDEURS DU CIEL

La belle n’avait plus vingt ans,
Elle empoisonnait ma raison
Et mes yeux,
Son sourire bien éclaté,
Son corps de Vénus me rendaient
Bien fougueux
J’étais juste pour un p’tit rien,
Un p’tit frisson dessous sa main,
Fou furieux.
 
Et quand sur l’retour du marché,
J’avais moi osé l’approcher,
Croyez-moi
A l’heure où la raison piétine
J’ai bien failli faire le signe
De la croix;
Puis quand la belle s’est retournée,
Comme figé je suis resté,
Et sans voix.
 
Bien surprise elle eut l’air,
Et moi j’étais dans cette affaire
Embarqué;
« Bonjour » dis-je « excusez-moi,
Les carottes et les p’tits pois
,Vous aimez »;
Ce n’était certes pas ce langage
Qui allait m’échoir les gages
De la fée.
 
Lors la belle eut ce sourire
Qui vous laisse il faut le dire
Ebété;
Quand après le bras me prit,
Et son panier me tendit
S’il vous plaît;
Puis aux côtés de ma princesse,
Du temps, des prix en baisse
Je parlais.
 
Nul chemin ne fût moins long,
Bientôt fûmes devant sa maison
Arrivés;
Quand son panier je lui rendis,
« Bien merci » qu’elle me fit,
« Attendez;
Mais il fait encore bien tôt,
Entrez donc venez prendre un pot
Vous voulez »
 
L’occasion était trop bonne,
Moi j’avais accès au royaume
De ma reine;
L’histoire vit son apothéose,
Mais tout vous dire je ne l’ose,
De la scène,
Quand nous passâmes à l’essentiel,
Découvrîmes les splendeurs du ciel,
Le septième.


Cette chanson a été diffusée à la télévision lors de l’émission « Le Petit Café », en 1978.

DU ZELE NON PAS QUESTION



Vingt petits bonshommes,
Le nez dans leur copie
Traquaient la géométrie:
Et quand l’un deux se lève,
La copie chiffonnée
Se retrouve au panier.
L’idée vire au succès,
Ensemble, bras croisés,
Se mirent à entonner:
 
« Nous on s’en fout,
De l’école
Raz le bol;
Nous on s’en fout,
Des devoirs
Y en a marre;
On n’est pas fous
Des leçons
Pas question
Non non non non non non ».
 
Quand j’ai dit à la bonne
« Faut mettre le paquet »,
S’est mise à rigoler;
« J’veux bien être payée,
Mais astiquer l’parquet,
Faut pas me le demander »;
Vautrée dans un fauteuil,
Les jambes haut croisées,
S’est mise à entonner:
 
« Moi je m’en fous,
J’suis sage,
Pas d’ménage;
Moi je m’en fous,
Le balais
Aux fêlés,
Même pour des sous,
Le torchon
Pas question
Non non non non non non ».
 
Mon brave jardinier
Dans un coin du jardin
Coinçait la bulle un matin;
Je dis  » voyons Julot,
Faut tondre le gazon
Tout autour de la maison »
S’étirant vaillamment,
La langue enfin déliée,
S’est mis à entonner:
 
« Moi je m’en fous,
Je n’fais rien
Et j’suis bien,
Moi je m’en fous,
Le boulot
Aux ballots,
Même pour des sous,
Le gazon,
Pas question
Non non non non non ».
 
L’autr’ Samedi au bureau
Je reçus du patron
Cette recommandation;
Voici quelques registres,
Faudra les mettre à jour,
Qu’ils soient prêts à mon retour.
Je retrouvais l’sourire,
Sur moi faut pas compter,
Et je fus remercié.
De l’homme, dois-je le dire,
Je pensais le plus grand bien
Mais je connaissais l’refrain.
 
« Moi je m’en fous,
Le patron
Du bidon;
Moi je m’enfous,
Les papiers
Aux cinglés;
Même pour des sous,
Du zèle,
Non pas question.
Non non non non non ».